La Réhabilitation   Neuro-Occlusale   de  Pedro Planas

                   Par    Jacques Dahan

On a trop longtemps négligé la mastication ; sous prétexte que cette fonction n’était utilisée que quelques heures par jour...

Tout bon occlusodontiste se devait de bannir, hors cas exceptionnels de prothèse complète, les contacts non travaillants ; toute usure des dents importante ne pouvait être que pathologique...

Pourtant, depuis un certain temps maintenant, le Docteur Pedro Planas les promouvait avec insistance et un succès grandissant, dans un concept original : « La Réhabilitation Neuro-Occlusale ».

Or les nouvelles thèses occlusales, basées principalement sur la fonction masticatoire, confirment les théories du Dr Planas.

C’est ce qu’ont tenté de nous démontrer les enthousiastes animateurs de ces « journées d’initialisation à la RNO ».

Lors de la mastication, la fonction de groupe serait primordiale par rapport à la fonction canine, le côté non travaillant supporterait des contacts.

La mastication unilatérale favorise une classe II, un raccourcissement et un épaississement de l’hémi-mandibule, un condyle plus volumineux, une pente condylienne accentuée du côté travaillant et une classe I, un allongement de l’hémi-mandibule, une pente condylienne plus plate du côté opposé un condyle plus effilé du côté balançant. Le corps mandibulaire est plus haut du côté de la mastication, le point inter incisif est dévié du côté travaillant.

Le maxillaire, du côté mastiquant présente une croissance plus transversale et antérieure que du côté non mastiquant, les incisives paraîtront ingressées du côté travaillant et égressées de l’autre côté ; le point inter incisif supérieur est lui, dévié du côté non mastiquant et le plan d’occlusion paraîtra descendu du côté balançant par rapport au côté symétrique.

Par Réhabilitation Planas entend remettre en fonction, « retrouver les stimuli paratypiques physiologiques », rétablir le mouvement tant dans ses amplitudes que dans ses contacts.

Si « la fonction crée l’organe, l’organe s’adapte à la fonction » (Claude Bernard) ; il faut donc agir le plus tôt possible et ne jamais attendre. Les dysmorphoses sont d’origine fonctionnelles ce qui explique leur apparition et leur développement.

« La cause fondamentale de la lésion parodontale est le traumatisme occlusal, ce traumatisme naît aussi bien de l’hypo que de l’hyper fonctionnement dentaire » (Planas).

La normalité doit être recherchée mais elle doit être en accord avec la morphologie, la fonction et le temps...

Par exemple la canine doit voir son pan mésial s’user devenant prédominant par rapport au pan distal. D’ailleurs la chambre pulpaire est plus éloignée du pan M que du pan D.

Notre régime alimentaire civilisé par son insuffisance de contraintes mécaniques engendre une impotence fonctionnelle ( les pommes et les carottes favorisent le travail des incisives, les amandes favorisent le travail des amandes)

Les mouvements de latéralité induits lors de la mastication unilatérale alternée, stimulent les récepteurs articulaires ; Les contacts travaillants et non travaillants, tels que décrits par Gysy stimulent les récepteurs parodontaux.

La protection canine est remise en cause, et on recherchera le frottement de toutes les dents lors des mouvements de latéralité aussi bien du côté travaillant que du côté balançant...

Pedro Planas introduisit la notion d’Angles Fonctionnels Masticatoires (AFMP). Ces angles sont les angles complémentaires de l’angle compris entre le plan Sagittal médian et le trajet du point incisif en latéralité. Ces AFMP diminuent avec l’usure progressive des dents mais ils doivent rester égaux.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’usure des dents lactéales est signe d’une bonne fonction masticatoire. Les AFMP doivent être alors pratiquement plats et les incisives présentent un bout à bout et des diastèmes.

Sont donc considérés comme signes pathologiques, la supraclusion, la déviation des chemins d’ouverture fermeture, l’inégalité des AFMP et une courbe de Spee trop importante, et le non-parallélisme du plan d’Occlusion au plan de Camper.

Conforme à sa logique, Pedro Planas introduit deux syndromes de déficience masticatoire : le Syndrome de Mastication Unilatérale Dominante (SMUD) et le Syndrome de Mastication en Ouverture Fermeture (SMOF). Lors d’inversés transversaux d’articulé, la mastication est plus facile du côté de l’inversé que du côté opposé.

En accord avec ce principe d’Enlow : « La face reste en déséquilibre aussi longtemps que les contacts occlusaux sont inexistants », le rôle de l’orthodontiste est bien de s’assurer que les influences environnementales seront favorables à un développement facial harmonieux.

Les influences environnementales agissent dès la Naissance. L’alimentation au biberon constitue une hypostimulation fonctionnelle respiratoire, musculaire et articulaire. Le « gavage au biberon » avec ses corollaires Satiété et Facilité ne constituent-ils pas une « Initiation à la paresse »...

Nous ne négligerons pas les atrophies fonctionnelles respiratoires et, bien sûr, masticatoires.

Un autre grand principe de la RNO, c’est le respect scrupuleux des facteurs de Hanau qui concernent la trajectoire condylienne, la trajectoire Incisive, la hauteur cuspidienne, la courbe de Spee et la situation du plan d’occlusion par rapport au plan de Camper.

« pour obtenir un équilibre fonctionnel et occlusal il faut obtenir une interrelation entre trajectoire condylienne et plan d’occlusion. Ces deux facteurs échappent à notre contrôle, seule la fonction les crée et les assemble ».

Dans le respect de ces principes, Planas imaginent un articulateur, le gnathostat et des tailles des moulages que l’on peut qualifier « d’espagnoles »...

On peut déduire de ces principes que le traitement doit être commencé très tôt, mais on peut le commencer aussi à tout âge, et ce traitement n’est jamais vraiment terminé.

« NE JAMAIS ATTENDRE ». Il faut dépister, évaluer le plus tôt possible la malocclusion initiale pour contrôler et éviter l’aggravation de la malocclusion initiale.

Plutôt que de parler de Dysharmonie Dento Maxillaire, Pedro Planas préfère parler « d’insuffisance de développement » Même en denture adulte, il parait possible d’augmenter la largeur intercanine ; on peut modifier la forme de l’arcade et l’orientation du plan d’occlusion. Pour rendre possible une mastication unilatérale alternée, il faut diminuer et égaliser les AFMP, libérer les mouvements de latéralité.

Pour ce faire, Pedro Planas préconise les meulages, les pistes directes et les pistes indirectes.

Les meulages doivent être très légers, « on gomme les points bleus » et concernent surtout les dents lactéales.

Les pistes directes, ce sont des composites collés ou des cupules thermoformées individuelles.

Les pistes indirectes sont de deux types :

Les plaques à piste indiquées même chez l’adulte ressemblent à des plaques de Hawley sans crochets d’Adams mais des petits crochets entre incisive et canine, des appuis occlusaux, préférentiellement sur les dents lactéales, un vérin médian qui n’est pas là pour appuyer sur les dents, mais pour accompagner l’élargissement de l’arcade obtenu par la libération occlusale et des pistes, bien sur, de forme très précise et adaptée à la fonction .

L’ascenseur lingual, appareil mandibulaire qui oblige la langue à une position plus haute.

Ces appareils présentent une instabilité intrinsèque seulement compensée par un équilibrage précis.

Ces journées n’avaient la prétention que de nous initier à cette philosophie et sûrement de nous mettre l’eau à la bouche...

Tous les participants des stages proposés à Barcelone reviennent convaincus. Face à l’accueil enthousiaste de l’équipe du Collège Régional de RNO, on n’a qu’une envie, connaître les dates des prochains stages...

avec l’accord de la revue:”L’Orthodontiste” n° 114 Juin/Juillet 2003.

 
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